mardi, avril 29, 2008

Après l'amour

Après l’amour, c’est le désarroi. C’est la solitude qui évide le cœur. Après l’amour c’est la tempête des pourquoi qui pleuvent ou qui remontent la gorge, mais qu’aucun parapluie ne vient écarter. Et la valse des conditionnels qui se mettent à augmenter le rythme des suppositions. Et l’on refait sans fin les chemins des derniers jours, des derniers mois, des dernières années en tentant de tracer la ligne impalpable de cet horizon dépassé.

Après l’amour il y a les hésitations des retours en arrière, vers ces pays connus et maintes fois visités des habitudes usées, mais confortables. Après l’amour c’est ce jour où l’on s’aperçoit que les conversations n’ont plus le même tonus qu’auparavant et qui se résument à des banalités convenues parce qu’on a le sentiment d’avoir fait le tour de tout ce que l’on avait à se dire, qu’on a plus rien de nouveau à apporter à cette histoire. Alors on s’imagine que tout en chacun devient plus intéressant que soi. Et une petite peur insidieusement mêlée de jalousie nous écorche les certitudes. Après l’amour ce sont tous ces cœurs laissés sur les voies d’évitement des autoroutes affectives qui ne savent plus comment reprendre la croisière du verbe aimer ou avouer.

Après l’amour c’est un matin d’automne où l’on se réveille, vide de sens, à côté de celui qui est tranquillement devenu un étranger. C’est le moment où l’on s’empêche de répondre « moi aussi » au « je t’aime » de la séparation quotidienne parce qu’on ne le ressens plus. Sans savoir ni comment ni de quelle manière il s’est envolé. Sans savoir si un jour on pourra reprendre le fil de ce sentiment pour tisser un autre chapitre à notre histoire de vie. Après l’amour ce sont toutes les larmes d’impuissance que l’on verse sur le mal que l’on fait à l’autre et que l’on se fait aussi à soi-même.

Après l’amour ce sont les jugements cassants de ceux que l’on quitte par défaut ; parents, amis, collègues de cet être dont les pas partent vers d’autres lieux lorsqu’on est la personne ayant instigué la rupture ou encore les phrases plates de ceux qui ne savent plus quoi dire pour recoller une âme éclatée. Et l’on se sent trahi par l’autre, mais plus encore par soi. Après l’amour ce sont des ailes qui se défroissent lentement, malgré la peur, malgré le doute et qui poussent à aller juste un peu plus loin, au bout de soi.

Après l’amour ce sont des tonnes de souvenirs qui font sourire ou qui font rire. Des heures de plaisir nostalgique à se remémorer les instants qui avaient créé, l’amour justement. Ce sont ces perles rares qui nous appartiennent en propre et qui sont devenues une part de nous, jusqu’à nous définir, un petit peu.

Avant l’amour c’était toi et moi. Après l’amour est devenu toi ou moi.

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mardi, avril 15, 2008

Une tache de vin bien marquée

C’était une de ces journées où les obligations nous éveillent avant l’aube. La nuit d’hiver qui s’étirait sur les heures du jour rendait le levé du corps difficile. Je me sentais le corps engourdi de sommeil et je me demandais bien comment j’allais arriver à passer outre cette grosse fatigue qui immobilise la fluidité des mouvements. Je travaille de soir depuis des années ce qui fait que j’ai un peu perdu l’habitude de me lever dans l’encre des nuits qui s’étirent jusqu’aux berges du matin, dans la froidure de février. Ce jour-là, le soleil tentait vainement d’éclairer la ville de ses rayons camouflés par des nuages tenaces tandis que j’essayais, sans trop de succès de m’ouvrir les yeux.

J’aurais préféré me blottir à nouveau dans les couvertures en attendant que le jour fasse son entrée dans le monde. Cependant, je ne pouvais me permettre de flâner puisque qu’on comptait sur moi, au travail. Aussi, après avoir pris ma douche, aie-je entrepris de me faire un café bien tassé. Je possède une cafetière italienne, de celle qu’on fait chauffé sur le rond du poêle. Le premier café est donc presque trop chaud pour être buvable. Alors je me fais des cafés au lait pour me donner une chance de me gorger de ce breuvage que j’aime beaucoup.

C’est donc sur un rythme ralenti que j’ai entrepris, ce matin-là, de me concocter ma boisson matinale. Avec en prime un duo de chatons gambadeurs dans les pattes. Mes deux bêtes féroces me faisaient la fête comme à leur habitude lorsque je suis la première à me lever. Comme si la nuit était pour eux synonyme d’abandon inéluctable et qu’il leur fallait absolument me démontrer de toute leur présence, la joie qu’ils éprouvent à voir une humaine dans leur environnement, certains désormais qu’une personne chaleureuse leur donnera la dose de câlins qui leur est due.

Mais en voulant reposer la cafetière, après avoir versé le liquide brûlant dans le bol prévu à cet effet, j’ai fait une fausse manœuvre. Et plutôt que de remettre l’objet sur le four je l’ai posé quelque part entre le vide et le comptoir. Bien entendu la cafetière n’a pas su garder son équilibre et je fus aspergée par le café. J’ai évidemment tenté de me sauver de cette source de chaleur éclaboussante, mais mes pas se sont empêtrés dans le petit corps d’un chaton en effervescence derrière moi. Résultat, je me suis retrouvée avec une marbrure rouge vif qui s’étend de mon bras gauche à mon ventre, tache de vin bien marquée qui me rappelle à tous les jours que les gestes les plus simples que l’on pose jour après jour portent leurs lots de dangers.

J’ai serré les dents pour ne pas crier ma douleur, refusant de réveiller ma colocataire qui dormait paisiblement dans la pièce d’à côté. J’ai arraché ma chemise et pansé mes plaies. Puis, j’ai ramassé tout le dégât que j’avais causé. J’avais des aiguilles qui me rentraient dans tous les pores de la peau et je me demandais si j’allais survivre à tant de piques en enfilant une nouvelle chemise.

Ce matin là, des larmes coulaient sur mes joues pendant tout le trajet de transport en commun jusqu’au magasin. Parce que, bien sûr, je me suis présentée au travail ne croyant pas qu’une telle mésaventure justifierait une absence pour maladie… Les jours suivant; j’ai dormi.

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mardi, avril 01, 2008

Maman d'avril

Elle est née lorsque le printemps frissonne encore sous les étoles blanches de l’hiver. Quelque part au moment où deux saisons se chevauchent. Elle est née au cœur d’une famille de sept enfants; coincée entre le désir d’être assez grande pour faire comme les plus vieux et chargée des responsabilités inhérentes aux aînés, même si parfois elle se sentait trop petite pour porter des charges si lourdes. Elle a développé très rapidement une envie de performance qui la suit encore aujourd’hui. À quoi bon en effet être capable de faire quelque chose si on peut aspirer être la meilleure dans ce que l’on fait?

Elle s’est glissée dans son rôle de mère avec tout le cœur qu’elle possède. Avec tendresse et douceur. Assaisonnées d’un peu de colère parfois quand la situation devenait intenable. Dans mes souvenirs d’enfant, elle était la meilleure personne au monde pour consoler. À tel point que j’amenais mes amies en peine à ses côtés pour qu’elle chasse leur douleur et autres menus désagréments comme elle savait si bien le faire pour moi. Je n’ai jamais cessé de croire qu’elle était la meilleure pour écouter et comprendre. Même à l’adolescence, quand les parents sont généralement jugés comme des empêcheurs de tourner en rond ou des personnages obtus, moi je courrais à la maison m’asseoir dans la cuisine et raconter, en détails, toutes les impressions de mes journées. Ça me permettait de mettre une perspective aux événements, ça faisait du bien.

Lorsqu’elle s’est trouvée une nouvelle passion professionnelle, elle s’est immergée dans son travail de sage-femme à une époque où cette profession était tombée dans une ornière d’illégalité. Elle ne s’est pas contentée de pratiquer simplement son métier; elle était résolue à le faire de son mieux allant jusqu’à porter le dossier de la légalisation à bout de bras. Attrapant, au passage, toutes les responsabilités qu’on lui présentait puisqu’il lui fallait impérativement aller jusqu’au bout de l’implication sans quoi elle aurait eu le sentiment de ne pas se réaliser complètement. Dans l’arène du désir de perfection, on donne beaucoup et on reçoit peu en partage. Quelquefois, ça épuise. Quelquefois, il faut tirer un trait sur une époque belle et mouvementée pour garder la tête en dehors de l’eau.

Désormais, elle s’occupe de deux charmants poupons qui n’ont pas tout à fait deux ans. Comme elle s’occupait de nous autrefois. Ils lui montrent quotidiennement à quel point elle est belle et gentille du haut de leurs exigences intempestives. Et lorsqu’elle ne s’occupe pas d’autrui, elle joue dehors. L’été, on la retrouve dans son jardin à bichonner ses plates bandes. Les mains noires de terres et la peau tannée par le soleil, elle arbore un sourire resplendissant quand elle reçoit famille et amis dans son petit univers bucolique. Et l’hiver elle s’habille chaudement pour aller marcher jusqu’au bout de ses pas se retrouve, bien souvent, beaucoup plus loin qu’elle ne se l’était d’abord imaginé. Elle me dira, dans ces cas-là : « Mais c’est tellement plaisant de marcher dans la neige, je me suis sentie aussi vivante qu’une petite fille dans sa première tempête! »

Aujourd’hui c’est son anniversaire. Le printemps prend peu à peu le dessus sur un hiver rigoureux et j’ai envie de lui souhaiter une décennie aussi riche événements positifs que celle qu’elle laisse derrière elle le fut en difficultés. Je voudrais lui souhaiter autant d’amour autour d’elle que ce qu’elle m’a toujours prodiguée, à moi, sa fille aînée.

Je t’aime Maman.

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vendredi, mars 14, 2008

Les pannes et moi

Je n’aime pas les pannes. Particulièrement les pannes d’électricité. Ça m’angoisse profondément. Ma mère dirait que j’ai de l’ascendance à ce sujet : entre une grand-mère qui se terrait dans le fond des penderies et l’autre qui invectivait les préposés du service à la clientèle d’Hydro-Québec, j’ai de qui tenir. Moi, je tente de reprendre mon souffle et de ne pas m’affoler trop rapidement. J’appelle aussi le service à la clientèle, pour savoir combien de temps. Je n’engueule personne, mais j’ai besoin de mesurer la distance de l’obscurité. Même en plein jour. La plupart du temps, j’appelle ma mère, pour me faire rassurer; éclat d’enfance encore engoncée dans les cauchemars qui me laissaient seule dans mes peurs. Patiemment, ma mère panse mes angoisses avec un petit rire dans la voix. Peut-être garde-t-elle en mémoire des relents de souvenir des inconforts de sa propre mère qui lui permettent de mettre un baume sur celles de sa fille?

À mon sens, pannes riment avec panique. Panne d’amitié, j’ai le cœur éclaté. Panne d’amour c’est le temps qui s’étire trop longuement entre deux battements de vie. Cette panne est devenue l’ornière connue et inconfortable des jours qui passent. Pas assez inconfortable sans doute pour que je mette tout en œuvre pour y échapper.

Panne d’inspiration? Il m’arrive quelquefois de m’arrêter parce que je me butte à mon propre marasme, à mon mal de vivre tout personnel. Une grosse fatigue. Celle qui me laisse sur le carreau de mon existence. D’autres fois c’est celle plus simple d’une semaine échevelée et trop bien remplie qui me laisse dans les veines une impression de bulldozer et l’esprit complètement aplati. À certains moments c’est la verve des autres qui m’arrête. Alors on me retrouve plus souvent qu’à mon tour le nez plongé dans un roman, la tête ailleurs et le cœur dans cet autre part que mes pieds foulent en même temps que les personnages en gravissent les intempéries. Et du matin au soir je me love dans cet ailleurs qui me porte sur ses ailes vibrantes.

Panne de mots? Je me meurs! J’ai toujours cru que j’en connaissais assez pour m’exprimer. Quand ils me font défaut, je n’ai plus de ressources. Panne de travail? Je me vautre dans l’oubli de moi-même. Panne de famille, je porte une balafre. Panne de téléphone? Je suis complètement démunie, prisonnière de mon environnement. Je crois que c’est la pire de mes pannes panique parce qu’alors je ne peux même pas appeler ma mère pour qu’elle remette en perspective cette peur immonde et hors de proportion.

Certaines personnes ont les blues, moi j’ai les pannes paniques. Je connais ma tare, je sais à quel point l’irrationnel rejoint l’irascible lorsque je laisse la panique prendre le pas sur les moindres pannes qui jalonnent mon quotidien. Heureusement, je n’ai pas de voiture parce que j’ai la nette impression qu’une panne d’essence me propulserait au paroxysme de mes tremblements émotifs.

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mardi, février 26, 2008

Un spectre de couleurs

J’avais dix-sept ans et j’étais éperdument amoureuse d’un homme de quatre ans mon aîné. À cette époque d’une vie, cet écart d’âge fait toute la différence du monde. Ma tête foisonnait de théories de toutes sortes. Je courais à perdre haleine derrière des idéaux qui n’étaient pas toujours réalisables. Et j’écrivais. J’écrivais des lettres irisées d’arcs-en-ciel pour toutes les occasions. À l’époque, les ordinateurs ne faisaient pas encore partie du quotidien. Ils me semblaient froids et impersonnels. Je ne voyais pas comment quelqu’un pouvait prendre la peine de taper une missive plutôt que de tracer lentement les lettres, la tête penchée sur le papier comme pour prendre davantage la mesure de nos propres mots.

Je possédais un étui à crayons débordant, à un point tel que j’arrivais avec peine à le fermer à la fin de chacun de mes cours. Cette foutue manie de le remplir jusqu’à en faire éclater les couture a perduré jusqu’à la toute fin de mes études puisque j’avais développé un système de coloration et d’alinéa dans ma prise de note, ce qui optimisais mon étude. Mais surtout, j’avais besoin de mon éventail complet afin de pouvoir écrire les mille et uns messages qui me traversaient l’esprit en cours de journée.

Il me fallait du rouge (en plusieurs tons) pour exprimer correctement toutes mes peines. Ces billets s’appelaient tous Rouge sang sur papier blanc. Ils narraient mes déchirures, sur tous les fronts. Toute ma victimisation y passait. Et je m’y vautrais avec volupté. Je faisais saigner le papier de mes récriminations, me délectant des phrases bien dramatiques et bien tournées que je pouvais faire jaillir au détour d’une émotion. Je me sentais tellement incomprise, tellement seule à ressentir quoique ce soit. Comme la vie m’était tragique! Alors j’écrivais des kilomètres en saignées.

Lorsque venait le temps de laisser Érato me dicter l’inspiration, je choisissais différentes teintes de bleu selon que la poésie que je tentais d’atteindre était drôle ou dramatique. Plus le thème était léger, plus la couleur était claire et inversement. Et tous les mots d’amour dont j’ai inondé mes boites à souvenirs étaient écrit en vert. En feutre vert. Ces écrits s’intitulaient Lettre écrite à l’encre verte (pas très original, je sais). J’en ai écrit des tonnes. J’ai même osé donner à leur destinataire quelques unes d’entre elles. Ces missives toutes en émotions en ont fait sourire plus d’un. Aujourd’hui, lorsque par hasard je tombe sur une de ces lettres ayant survécu à mes trop nombreux déménagements le feutre se détache furieusement des feuillets jaunis, comme un esprit taquin qui viendrait me rappeler le spectre de mes amours avortés.

Désormais, je ne calligraphie plus souvent mes écrits, ayant développé une vitesse de croisière à l’ordinateur que je trouve beaucoup plus avantageuse. Alors tous mes textes déclinent mes émotions en noir et blanc. Pourtant, quelque part au fond de moi, il reste des éclat de cette jeune demoiselle qui croyait fermement que la couleur des mots jouait, un peu, en leur faveur.

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dimanche, février 17, 2008

Vaine tendresse

Il y a des thèmes qui interpellent plus que d’autres. Des thèmes qui font rugir le dragon intérieur, ce monstre tout personnel gardien de nos peurs et de nos appréhensions. Et malgré le fait que l’on en entende l’appel, malgré le fait qu’on en connaisse une réponse, les mots nous fuient comme un oiseau qui s’envole devant le chat tapis dans l’herbe de l’été. Il y a pour moi un danger de disserter sur un thème comme vaine tendresse et pourtant…

Pourtant je suis bien placée pour savoir que la tendresse n’est pas vaine justement. Je sais dans tous les pores de ma peau que c’est une émotion qui ne devrait pas être mesurée et encore moins calculée. Je sais qu’on ne peux pas demander de rendre à quitte ou double ces gestes et ces élans qui devraient être gratuits. J’ai connu l’oppression des mouvements qui en exigeaient d’autres. Connu la désolation profonde de ne pouvoir atteindre les aspirations de celui qui se dressait devant moi, quémandant que je rende tout ce que sa tendresse m’avait offert dans un écrin qu’il reconnaîtrait comme sien. Mais j’ai failli à la tâche, lamentablement échoué. Je n’ai réussi qu’à perpétrer la blessure d’incompréhension du fond de l’âme. Me sentant de fait même coupable jusqu’au bout des ongles.

J’ai écouté trop longtemps les longs argumentaires fallacieux faisant la démonstration de tous mes manquements à l’étique de l’affection mesurée. Ceux qui muselaient mes essors à grands coups de reproches déguisés en besoins. J’ai fini par me composer un chant sémantique d’émotions qui ne différait de celui qu’on m’avait proposé et qui me heurtait si fort. Un chant sémantique dans lequel tendresse, amour, amitié et affection ne rimeraient pas avec attentes. J’ai pris sur moi d’aimer les gens qui m’entourent comme j’aime mes animaux ou mes chats, en acceptant ce qu’ils me donnent comme une offrande généreuse; en tentant de ne pas laisser de place à la rancune, à la jalousie ou à la mesquinerie.

Je ne suis pas certaine d’y arriver tous les jours. C’est difficile de vivre une affection complètement désintéressée, le besoin de reconnaissance est grand. Non, la tendresse n’est pas vaine, même lorsqu’on ne voit pas ses effets immédiatement. C’est un don de soi qui nous pousse au-delà de nos propres limites. Un don de soi qui nous permet de voir un peu plus loin que le tour de notre univers tout personnel.

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mercredi, février 06, 2008

Dans mon sac à main

C’est un grand sac, sans poche qui ressemble davantage à un sac recyclable pour faire les courses qu’à un sac à main proprement dit. Il faut comprendre que j’ai besoin d’espace. En effet, dans mon sac, il y a en permanence un cahier ligné pour que je puisse y noter tout ce qui me passe par la tête. À tout moment. Dans l’autobus ou le métro, sur le coin d’une rue lorsque je suis en vélo, sur un banc de parc, dans un café, dans un restaurant ou un bar. Il me faut un exutoire possible et je n’ai jamais su mieux le faire qu’en couchant le tumulte de mes émotions sur du papier. Il me faut aussi des crayons. Pas simplement un crayon parce que j’ai besoin d’avoir un choix de couleur et de texture d’encre pour exalter mes idées. La colère ne s’écrit pas de la même couleur que l’amour.

Dans mon sac, il y a aussi des livres. Celui que je lis, celui que je lirai immédiatement après ou celui que je lisais tout de suite avant. Me retrouver sans bouquin durant un transport me rend dingue. J’ai souvent aussi le livre que je ne sais pas si je finirai pas lire. Celui qui me tente et m’intrigue, mais dont je ne suis pas trop certaine. Alors je le zieute de temps à autres, entre deux stations de métro. Je grappille, compulse ses pages en me demandant si un jour je prendrai la peine de le parcourir pour la peine. Il y a aussi un ou deux mots-croisés, des sudokus et autres jeux d’esprit qui occupent mon temps pour faire changement.

Dans mon sac, il y a les très prosaïques tampons et serviettes sanitaires. Les multiples trousseaux de clefs qui me sont nécessaires ; celui de la maison, celui de mon vélo, celui du bureau et ceux de ces gens qui m’ont confié leur trousseau au cas où ils perdraient le leur. La plupart du temps aussi, il y a un sac à lunch en plus de ma réserve de fruits séchés et de noix ; ne sachant jamais quand une fringale me tombera dessus à bras raccourcis. Je traîne aussi l’inévitable portefeuille, tout gonflé par toutes les factures que j’y glisse au fur et à mesure que je les collectionne et la petite monnaie que j’oublie de dépenser et qui finit faire craquer les fermetures éclairs dudit portefeuille.

Dans mon sac à main, il y a des petits bouts de papier sur lesquels des numéros de téléphone sans correspondance sont notés à toutes les fois que je fais les ménage je me demande bien ce qu’ils représentent. Je fini par les jeter sans appeler ne sachant plus à qui ou à quoi ces numéros faisaient référence. Il y a aussi des notes gribouillées rapidement sur le coin d’un comptoir, d’une table entre deux clients que j’ai engouffré dans ce sac, dès mon quart de travail, terminé pour les journées où je manquerais d’inspiration.

Dans mon sac, il y a surtout des dizaines de lettres écrites à personne. Des lettres dans lesquelles je parle de moi. De ce que je suis vraiment. Des lettres qui me découvrent et me dévoilent. Des lettres que je n’enverrai jamais même si lorsque je les commence c’est dans l’intention de leur trouver un destinataire. Mais en cours d’écriture je m’aperçois souvent qu’elles deviennent un déversoir de rage, de colère et d’incompréhension. Elles me permettent de faire le tour de mes frustrations pour être apte à en parler calmement sans pour autant paniquer ou crier des mots qui iraient plus loin que mes maux.

Mon sac est en fait un reflet de ma propre personnalité. Quelque chose de grand et de désordonné où tout est à la fois accessible et difficile à trouver.

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dimanche, février 03, 2008

Terrible

Il y a quelque chose de terrible en moi. Une indifférence que je ne me connaissais pas. La plainte est longue, lancinante même. J’entends la larme s’échouer sur les écueils de la gorge qui s’use. Je me terre dans la douillette, j’enfoui ma tête sous les cinq oreillers qui habillent mon lit. Ça dure depuis une semaine. Tronquant les heures précieuses d’un sommeil nécessaire. Et ça s’ajoute aux bruits obnubilants qui filtrent à tout moment des murs cartonnés de mon appartement. Je suis épuisée, ma patience a atteint les limites de mes possibilités, je me sens sombrer dans la folie comme lorsque la dépression m’empêchait de dormir. Et cette fois, ma tête n’y est pour rien. Sinon parce que mes oreilles captent des sons qui leur font mal au cœur.

La nuit est encore noire, quand j’entends jouer la poignée de la porte. Un peu plus et je croirais aux fantômes. Et les cris recommencent. Plus forts, plus constants. Je ferme les yeux et me retourne sur le matelas faisant fi de tout ce tapage. Je ne cèderai pas au chantage. Plus le temps passe et plus je m’en fou. Je sais qu’il perdra patience et que bientôt le silence enveloppera à nouveau mon espace vital. Je sais que je pourrai retourner me lover dans les bras de Morphée sitôt que ses plaintes se tairont. Je réussi à peine à rogner une petite demie heure sur le sommeil que déjà le manège recommence. Les larmes, les plaintes, les cris, la porte. Mais cette fois, celle-ci joue sur ses gonds, sans s’ouvrir pourtant.

Il y a quelque chose de terrible en moi, je ne ressens même plus la douleur, ni la pitié. J’ai complètement décroché. Plus de sympathie, plus même d’empathie pour l’âme esseulée qui pleure toute les larmes de son corps à quelques pas de moi. Je replonge sous les couvertures, bien décidée à me fermer les conduits auditifs pour de bon. De l’autre côté de la porte, la voix s’essouffle, se casse. Il abandonne enfin. Malgré son entêtement proverbial. Je sais que je trouverai au matin un petit chaton gris de quatre mois, l’œil humide et le regard insulté par tant d’incompréhension de ma part, sagement assis sur le pas de ma porte.

J’ai pourtant bien essayé de lui ouvrir ma chambre lorsque la nuit succède au jour. Mais il est trop jeune et trop taquin pour que nous puissions nous entendre. D’autant que sa sœur et lui ont la fâcheuse habitude de prendre mon corps assoupi pour une autoroute de chat et qu’ils s’encouragent l’un l’autre à faire des bêtises. La nuit, nous sommes en guerre ouverte. Je suis particulièrement têtue moi aussi. Je sais qu’il est bien nourri et abreuvé. Je sais que ses larmes de crocodiles sont sa manière toute féline de me faire du chantage émotif. Qu’il se le tienne pour dit : sa maîtresse ne cèdera pas.

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mardi, janvier 22, 2008

La fragrance des mots

Il y a des gens qui parlent, d’autres qui écoutent. Se faire comprendre est sans doute la plus grande mission de l’humanité. Pourtant, lorsque je pense « mots », il ne me vient pas spontanément à l’idée que les mots peuvent se jouer à l’oral. Les mots sont les caractères que j’imprime sur le papier ou sur l’écran de mon ordinateur. Je ne pense pas aux mots que j’utilise lorsque je parle, ils s’envolent trop rapidement vers d’autres que moi. L’écriture porte un parfum d’absolu, une fragrance qui transcende le temps.

Il y a des phrases d’amours meurtries qui se sont putréfiées sur le papier pour tendre jusqu’au bout de mes douleurs. Émanations mortuaires de ces deuils qui me constituent. Je connais aussi les verbes des colères qui m’ont animée, arborant un souffle de doutes et de frustrations. Pestilence de d’incompréhension. Il y a aussi tous ces mots que l’on ne dit pas qui se drapent d’effluves inassouvies, logée dans leur écrin de crainte. Ceux que l’on ne cache même pas dans les pages de journaux intimes pour ne pas leur donner forme, pour faire semblant qu’ils n’existent pas.

Vapeurs exotiques des messages amoureux que j’ai relu cent fois pour m’assurer de leur véracité. Traces immanentes de la réalité des sentiments aujourd’hui évaporés. Fragrances sublimes aux bouquets de bonheur qui me laissaient croire à l’ici et maintenant. Relents d’iode des étés de rêve, les pieds plongés dans le sable de l’existence qui m’ouvrait tout grands les bras. Diatribes embaumant la perfection. Parfois, les mots se plongent dans l’oubli jusqu’à ce qu’un hasard exhale leur parfum fané, qui me ramène attendrie au seuil de cet autrefois qui était peut-être hier.

Des déclarations que j’aurais voulu taire, ne pas entendre ni lire dont l’âpreté me reste à travers la gorge. Fumée obscurcissant le ciel de mes pensées. Miasmes indélébiles sur les souvenirs de mon innocence. Je garde en mémoire aussi quelques verdicts arbitraires de mes manquements et de mes exagérations qui sentent le trop plein émotif. À l’opposé je garde précieusement toutes les lettres qu’on m’a écrites depuis les années de mon adolescence, comme un trésor personnel fleurant toute l’affection qui m’ait été prodiguée. Ainsi, lorsque je me sens sombrer, je tends la main vers ces bouts de papiers chiffonnés qui me racontent tour à tour ce qui me rend unique aux yeux de ceux que j’aime et de qui je me laisser aimer en retour. Alors je me vautre dans ces parfums d’importance en souriant à nouveau.

La plupart du temps cependant, c’est l’arôme du café qui berce les mots du quotidien puisque ce n’est que le matin, lorsque le jour est encore frais que je prends le temps de m’assoire et d’écrire les quelques lignes que la nuit m’aura apporté en partage.

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vendredi, janvier 18, 2008

Samedis matins

Tous les samedis matins, c’est la même histoire qui se répète. Elle a encore les yeux collés de sommeil et la tête pas tout fait là, mais déjà les récriminations vont bon train. Pas de trêve pour les accusations, pas de trêve pour la jalousie. Jamais. Elle voudrait rentrer sous terre. Ne plus exister. Dans l’autobus bondé, tous les passagers les regardent, hésitant entre l’exaspération et la gêne. Elle en reconnaît même quelques uns, qui semblent avoir le même horaire qu’elle. Ces derniers sont ceux qu’elle voudrait ne plus voir. Elle a le sentiment qu’ils se sont immiscés dans les interstices de sa vie privée à force de présence sur ce trajet des samedis qui pèsent.

Ce qu’il a de pire cependant, c’est la présence tout au long de la journée. Il devant le magasin, bien au chaud sur son banc de centre d’achat à épier chacun de ses gestes. Elle devra faire attention pour que Sylvie, sa gérante, ne remarque pas la présence d’Alessandro de l’autre côté de la vitrine. Monica sait que ses patrons ne veulent plus que son amoureux la suive au travail. Elle le lui a dit. Plusieurs fois. Sauf que ça ne change rien. Il est là. Toujours. La semaine, lorsqu’elle est en classe, elle peut oublier qu’il l’attend derrière la porte close. Le temps d’un cours. Un répit. Un tout petit répit dans cette observation constante. Monica, ne peut même pas compter sur ses parents pour la supporter : ils trouvent Alessandro si charmant; il vient d’une bonne famille italienne. Comme elle.

Monica a l’impression que toute la vie d’Alessandro tourne autour d’elle. Il ne travaille pas, ne cherche pas à se trouver d’emploi. Pas réellement en tout cas. Officiellement, il le fait, mais Monica sait pertinemment que dans la réalité il n’en est rien. S’il trouvait un emploi, elle pourrait avoir un peu plus d’espace personnel, elle pourrait faire le trajet en transport en commun sans qu’il se colle sur elle comme s’ils étaient seuls sur le divan d’un salon. Elle travaille pour deux, paie toutes ses sorties. Pendant qu’il fait le coq le vendredi soir et qu’il boit toute la démesure de sa personnalité. Lorsqu’il fini par s’endormir, trop tard, beaucoup trop tard, elle sait qu’il ne lui reste plus que quelques minces heures avant de devoir se lever.

Il lui reprochera tous les rires et les sourires qu’elle aura échangés avec les hommes en présence pendant qu’elle l’aura vu susurrer des mots à la délicate oreille de la belle Élisa. Et dans l’autobus le samedi matin, il lui fera le compte de toutes les attentions qu’elle aura eu pour les autres, de plus en plus fort. Assez fort pour que les passagers de cette ligne de transport se sentent une fois de plus impliqués dans cette discussion qui tourne en rond depuis plus d’un an maintenant.

Monica en a marre. Elle ne sait plus que faire pour se tirer de ce tourbillon infernal. Elle sent bien que quelque chose ne va pas dans cette relation. Mais qu’est-ce qu’on peut faire quand on a que 17 ans et que c’est la toute première fois qu’on aime? Qu’est-ce qu’on peu faire lorsqu’on a aucune certitude qu’un autre à part lui pourra jamais nous aimer, même un tout petit peu?

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mardi, janvier 15, 2008

Maux en vrac

Sur la table, un kiwi oublié qui parfume le logement d’une odeur à la fois sucrée et acre. Une chape de plomb qui serre la gorge. Lourdeur du temps. Dehors, le ciel crevé laisse couler ses larmes sur les lattes du toit, comme une sonate oubliée qui titille les résidus de ma mémoire trouée. Chute vertigineuse dans une réalité que je croyais avoir laissée pour de bon derrière moi. Tant de réminiscences des douleurs autrefois ressenties. Moi qui croyais les avoir bannies à tout jamais. Fragiles morcellements de moi-même éparpillés sur les gravats de mes espoirs déçus.

Je suis lasse et j’attends. J’attends que les reflux de panique cessent leur tempête. J’ai conscience pourtant que ce n’est qu’un simple retard, rien de grave finalement. Rien qui ne me mette réellement en danger et pourtant… Tant de souvenirs de ces lendemains pénibles, avec d’autres que toi, durant lesquels j’exigeais une explication plausible, comme si tous les mots qu’ils me diraient ne pouvaient être vrais. Comme si le doute me prenait toute entière dans ses bras pour faire de moi quelqu’un que je ne suis pas.

Une poupée de chiffons affalée sur le plancher, morte de trouille. Tellement certaine de ne pas valoir la peine qu’on se donne à moi. Tellement certaine ne pouvoir être celle à laquelle tu aspires, que je provoque les crises et les ruptures dressant un abécédaire de toutes les fautes qui pourraient être commises. Preuve irréfutable que l’abandon aura lieu. Ni amante ni maîtresse de ma propre vie. Petite marionnette articulée par cette peur qui serre le ventre jusqu’à la vomissure.

J’ai toujours accusé les autres de ce mal être, jamais voulu me regarder dans le miroir de mes manquements personnels. Jamais voulu assumer que j’étais sans doute celle qui crée l’éloignement à coup de réquisitoires dérisoires.

Entre les draps une enveloppe déchirée d’où s’échappe le fin tracé de ton écriture qui me rassure du mieux qu’elle peut mais que je n’arrive pas vraiment à croire. Je croyais que toutes les années de solitudes m’auraient guérie.

Ce soir, je comprends que ce ne sont pas les autres qui sèment les embûches sur les sentiers de mon existence. Ce soir je réalise que je pourrais lâcher prise et simplement me coller à l’espérance de savoir que tu franchiras ce seuil en me tendant les bras plutôt qu’en me tournant le dos.

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jeudi, janvier 10, 2008

Quelqu'un qui sait ça

Je n’ai pas souvenir d’avoir jamais été une personne bruyante. Ou peut-être un peu durant mon adolescence, lorsque je mettais de la musique dans ma chambre, le soir venu, et que ça empêchait ma mère de dormir. Pas tellement parce que ma musique était forte, mais les basses et les drums s’échappant de mes haut-parleurs avaient la fâcheuse tendance à faire résonner les lattes du plancher qui séparaient ma chambre de celle de mes parents. En bref, j’ai appris jeune et rapidement que les sons voyagent à travers les murs et qu’ils peuvent importuner toute personne se trouvant à proximité. Même lorsque la personne qui écoute ces sons en direct a l’impression qu’ils ne sont pas si forts que cela.

Depuis, j’ai pris l’habitude de ne pas trop lever le son. En fait, je peux affirmer que j’ai développé mon oreille. J’entends tout à bonne distance. Point n’est donc besoin pour moi de faire cartonner les sons pour les percevoir. Je crains de déranger voisinage et colocataire lorsque j’écoute la radio, la télévision ou simplement de la musique. Quelquefois, j’ai le sentiment que ce que j’écoute est tellement fort que cela pourrait réveiller la colocataire, divinement lovée dans les bras de Morphée, avant de me rendre à l’évidence qu’on n’entend plus rien à trois mètres de l’appareil électrique. Et comme il y a deux murs et une porte entre ledit appareil et la chambre de la colocataire, pas de chance de la déranger. N’est-ce pas?

Ceci étant dit, j’ai monté, en 13 ans de vie en appartement, une collection assez impressionnante de voisins qui n’ont aucune considération pour les gens habitant autour de chez eux. Je me rappelle une voisine qui avait un goût immodéré pour Metallica et Bob Marley. Assez en tout cas, pour en faire profiter tout le voisinage à toute heure du jour et de la nuit. J’ai aussi connu des voisins qui voulaient absolument faire profiter à tout le quartier de leurs ébats sexuels, cas dans lequel c’est un peu plus gênant de faire un appel pour demander de baisser le son…

Bref, cette année nous avons des voisins qui dépassent toutes les limites de ce que je pouvais imaginer. Tous les jours, je profite de la musique qui enterre le son de ma propre musique ou de la télé. Ça, c’est sans compter les crises, les larmes, les amis en grand nombre, les insultes qui fusent à travers les murs sur la grosse conne de voisine qui empêche le monde de vivre (ça c’est moi). Oh, ils baissent bien le ton à partir de 23h00. Seulement, là je n’ai plus du tout de tolérance. Irritable jusqu’au bout des ongles, j’ai des envie de meurtre quand j’arrive, épuisée, du travail et que je dois attendre une heure avant de pouvoir penser à m’endormir. Mais ce qui les amuse le plus, c’est de cogner contre le mur de ma chambre à minuit quarante en se faisant les gorges chaudes en groupe. Et je les entends dire : « Tchèque ben, j’va réveiller la folle d’à côté ». Mais là, la folle elle est ben tannée alors elle ne fait ni une ni deux et elle appelle les flics.

Le plus étrange là-dedans, c’est que je me sens coupable à chaque fois. Je me sens coupable d’être dérangée par le bruit. Alors je tolère jusqu’à l’épuisement. Et je me laisse marcher sur les pieds, ou plutôt je me laisse user le système nerveux. Mais pourquoi est-ce que je me sens coupable? Il doit bien y avoir quelqu’un quelque part qui sait ça?

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vendredi, janvier 04, 2008

RIP Belzébuth 1996-2007

Je me suis levée ce matin là avec l’envie d’écrire sur n’importe quoi. Je n’avais rien de particulier à raconter si ce n’est une vague impression que les mots se bousculaient au bout de mes doigts comme si j’étais devenue un simple outil pour des vocables qui n’avaient de cesse de s’aligner les uns à côté des autres pour raconter une histoire dont je serait le vecteur inconscient. Selon mon habitude, j’ai commencé par démarrer l’ordinateur qui prenait toujours son temps avant de se mettre en forme pour me permettre de l’utiliser. Et me suis tranquillement dirigée vers la cuisine pour me faire du café.

Lorsque le moulin à café a cessé de faire son tapage matinal. J’ai perçu du bout de l’oreille un bruit franchement étrange provenant du salon : comme si un ouvrier en construction tentait de faire tomber le mur extérieur. Je me suis catapultée dans la pièce pour voir quelle était l’origine de ce chahut pour constater que cela provenait de mon bon vieux Belzébuth. Le message à l’écran m’annonçait que je devais reprogrammer entièrement la bête qui ne reconnaissait plus rien. Paniquée, j’ai appelé mon docteur ès ordinateurs favori afin de comprendre ce qui se passait. Il m’a alors annoncé que mon disque dur était définitivement mort. Selon lui, l’aimant de ce dernier était tombé, ce qui équivalait à un constat de décès sans espoir de réanimation.

Résultat, je me retrouvais avec les doigts engourdis de mots que je ne pouvais pas laisser aller et une envie d’hurler de contre cette vie qui vous joue des mauvais tours à des moments importuns. Quelques semaines avant Noël quand on se demande comment on arrivera à joindre les deux bouts pour payer les comptes ordinaires et ceux ponctuels qui s’additionnent furieusement à cette époque de l’année. Bien entendu, je pouvais toujours utiliser l’ordinateur de Juli pour aller chercher mes courriels et autres machins du genre. Par contre, nous avons l’habitude de cohabiter sur des fuseaux horaires différents. Conséquemment, je ne pouvais plus compter sur la routine matinale voulant que je m’installe devant l’écran avec les yeux à moitié collés par le sommeil.

J’ai passé tout un mois sans trop de peine à me refaire un quotidien. Prise entre les horaires fous du temps des fêtes pour les gens qui travaillent dans le commerce au détail et l’impossibilité de voguer sur le net, j’ai commencé à acheté le journal pour tuer le temps qui m’est imparti avant que je doive quitter pour le travail. Mais au bout de tout ce temps, j’avais l’impression d’être sur le point d’exploser. Je me sentais complètement hors de ma vie et de mes contacts sociaux. Plus de blogues, plus de discussions volées au temps avec Laurence ou Dda que je ne vois que par le biais de ces fenêtres de discussions qui rétrécissent agréablement l’étendue de l’océan qui nous sépare, géographiquement.

Je me suis donc mise à la recherche d’un nouveau diablotin informatisé pour revenir sur ces pages et sur celles de tous les autres que je lis religieusement. J’ai fini par opter pour un ordinateur usagé que je me suis offert avec l’aide de ma famille pour Noël. J’ai désormais l’impression de me véhiculer en Formule 1. Plus besoin de tuer le temps entre le chargement des pages. Plus besoin de sauter toutes les animations des pages trop lourde pour un processeur datant de l’Antiquité, en termes informatiques.

Et malgré tout, je suis un peu triste. Mon Belzébuth me suivait depuis mes années d’université. C’était un compagnon fidèle. Il m’a vu rire et pleurer, chanter (faux) et me désolée en fonction des émotions qui me faisaient vibrer. Aujourd’hui, il est derrière moi, carcasse dépenaillée de ce qu’il était autrefois. Je n’ai pas encore trouvé le courage d’aller le porter aux rebus d’ordinateurs. Comme si je n’en étais pas encore arrivée à cette étape de mon deuil.

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mardi, janvier 01, 2008

La marche de l'homme

La navette menant à l’aéroport de cette ville électrique était bondée. Malgré tout, elle avait trouvé le moyen de se fabriquer un minuscule espace entre deux personnages qui faisaient au moins deux fois sa grandeur. Ce qui ne la dérangeait pas trop étant donné qu’elle n’avait pas besoin de guetter un quelconque arrêt. Elle se sentait un peu écrasée par l’homme chauve à sa gauche qui sentait encore l’alcool malgré l’heure matinale. Et aussi cette odeur acre traînée sur soi par la sueur qui a pris le temps de surir. Entre deux hoquets de l’autocar qui bondissait aléatoirement vers sa destination, ce voisin importun lui était presque tombé dessus. Alors elle fit une grimace involontaire que l’homme assis juste devant elle ne pouvait pas manquer de voir. Il esquissa un sourire.

Arrivée à l’aéroport, elle se rendit compte qu’elle prenait un vol en même temps que l’homme au sourire. Ils décidèrent de tuer les heures qui les séparaient de leurs départs ensemble. Why not? Me dirait-elle quelques mois plus tard. Petit séjour volé au quotidien. Ponctué de rires, de bribes d’histoires qui font l’unicité de chaque être qu’on ne raconte plus une fois que les connaissances sont faites, et de confidence aussi. Échangeant sur le moment numéros de téléphone et adresses électroniques en se disant peut-être. Quand deux personnes se rencontre au milieu de nulle part, entre deux valises et des destinations qui s’opposent, les chances sont bien minces pour que les liens se tissent réellement.

Comme le départ de son compagnon fut annoncé avant le sien, elle le regarda s’engouffrer vers son pont d’embarquement en remarquant au passage que sa démarche avait de particulier qu’il claudiquait un petit peu. Lorsqu’il eut disparu dans le sas, elle s’en fut vers son propre quai, avec une étoile dans les yeux et des papillons dans le cœur. Retournant vers les habitudes de son existence, vers cette ville qu’elle n’aimait pas vraiment mais qui l’avait vue naître. Taisant cette rencontre fortuite à tout son entourage, certaine qu’on la découragerait de se noyer dans les chimères qu’elle ne manquerait pas de s’inventer.

Et puis, quatre mois plus tard, il lui fit une proposition folle : « Rejoins-moi à Montréal pour fêter le Nouvel an » avait-il écrit. Fébrile, elle parcouru les centaines de kilomètres qui la séparaient de ce rendez-vous inusité. J’ai fait sa connaissance dans un bar où j’ai l’habitude d’aller célébrer le début d’année. Un peu timide, exclue même dans ce milieu fortement francophone qui l’isolait sans vraiment le vouloir. C’est là qu’elle m’a raconté son histoire en glissant subtilement sa menotte dans la grosse main de l’homme qu’elle était venue rejoindre jusque dans mon coin du monde.

Et je me suis dit que c’était peut-être ça que devrait être la marche de l’homme : un coup de tête qui suit un coup de cœur vers un peu de bonheur.

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dimanche, novembre 18, 2007

Pause involontaire

À tous ceux qui peut-être passent encore ici parfois; je ne suis pas morte.

Mais le disque dur de mon ordinateur est définitivement décédé.

Je reviendrai dès que faire ce pourra.

À tout bientôt!

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vendredi, octobre 05, 2007

Une histoire de famille

Il y a de ces gens qui passent dans une vie et laissent dans leur sillage des souvenirs impérissables. Des gens que l'on continue à chérir malgré les éloignements jalonnés de silences. Malgré le fait que les routes se séparent en donnant l'impression qu'ils feront désormais partie d'une boîte à souvenirs qu'on ne peut faire autrement que de garder sur son coeur. Il y a des gens qui nous manquent sans toutefois que l'on trouve le courage de les contacter ou même de les chercher. Il y a des gens comme ça, qu'on aime tout simplement.

Je connaissais de vue et de nom ce garçon qui était dans mon année scolaire, à la même école que moi. On se connaissait tous un peu dans notre année. Mais il ne faisait pas partie de mes amis. Surtout qu'à l'époque, je ne fréquentais pas beaucoup les garçons. Il était beau, mais ne le savait pas et particulièrement timide ce qui le rendait un tantinet difficile d'accès. Et puis je me suis mise à travailler dans un club vidéo. Mon premier emploi. Et j'y ai fait la connaissance d'une jeune demoiselle qui était un peu plus jeune que moi et pas encore en âge de travailler, mais qui passait le plus clair de son temps dans le club vidéo à nous aider. Je crois qu'elle avait bien envie d'être mon amie. Ce qu'elle devint. J'ai vite compris qu'elle était la soeur du garçon un peu gêné puisqu'ils portaient tout deux le même nom de famille aussi rare que le mien. Quand j'allais chez eux, ce qui arrivait de plus en plus souvent, je croisais mon collègue d'école régulièrement. Alors nous nous sommes mis à nous saluer et même à nous parler un peu. Je me rappelle que le fait qu'il me parlait sans gêne intriguait beaucoup les filles de mon année ; j'étais à peu près la seule fille à qui il parlait.

Dans leur maison, il y avait une pièce à l'étage dont la porte était presque toujours fermée. C'était la chambre du plus vieux. Le seul que je ne connaissais pas. Cette personne invisible m'intriguait beaucoup. Un matin, je suis arrivée au travail et il y avait un nouveau commis de nuit. C'était lui. Dans toute mon intensité, je suis immédiatement tombée amoureuse de lui. Littéralement. Comme si on avait fait glisser le sol sous mes pieds. Plus de repères, plus d'équilibre. Et surtout sans aucune espèce de subtilité. J'aurais vendu mon âme au diable pour qu'il m'aime en retour. Alors je passais encore plus de temps chez-lui que précédemment. En espérant le voir. Tout en profitant de chaque minute de la compagnie de sa soeur et de son frère et même de celle de ses parents. Ces cinq personnes étaient sans conteste des personnes de coeur. Des personnes avec qui je n'étais jamais trop. Malgré le fait que j'étais incontestablement au sommet de ma carrière de Drama Queen. Je crois que c'est dans cette maison que je me suis rendue compte que je pouvais être drôle moi aussi. Je singeais un ami de l'Homme-qui-faisait-battre-mon-coeur, que je ne respectais pas beaucoup, avec énormément de justesse en faisant bien rire tous les membres de la famille.

Le temps a passé. Je suis tombée amoureuse de quelqu'un d'autre en cours de route me rendant à l'évidence que mes sentiments ne seraient jamais partagés quoique l'Homme ait entretenu autant de respect que d'affection sincère à mon endroit. Et j'ai pris la décision d'aller vivre à Sherbrooke, pour mes études. Alors tranquillement les ponts se sont usés jusqu'à la corde. Usés jusqu'à devenir transparents, puis totalement absents. Mais je me suis demandé pendant les quinze dernières années comment ils se portaient. Tous autant qu'ils soient. En sachant pertinemment à quel point cette famille avait été importante pour moi.

Cette semaine, j'ai eu l'idée de rechercher ce nom de famille dans internet. Pour voir. Et je suis rapidement tombée sur ma jeune amie. Alors je lui ai écrit, rien que pour voir. La réponse a été aussi rapide que chaleureuse. Le lendemain, l'Homme-qui-avait-fait-battre-mon-coeur me contactait. Depuis j'ai envoyé un petit mot à mon ancien collègue d'école et j'attends impatiemment que l'un parmi les trois perpétue le contact que j'ai entamé. Je passe le plus clair de mon temps à regarder si je n'ai pas un nouveau message dans ma boîte de courriels. Excitée comme un puce sur le dos d'un chien en espérant une réponse. En réalisant au passage que ce sont des gens que je n'ai jamais cessé d'aimer, même si je ne les connais plus.

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mardi, octobre 02, 2007

L'ombre de l'éléphant

Dans ma jeune adolescence, je foulais les trottoirs de ce quartier tellement loin du mien certaine que j'étais rendue à un certain bout du monde. Ici, rien ne ressemblait à ce que je connaissais. Les nuits étaient agitées, pleines des bruits de la circulations abondantes de la rue Ste-Catherine ainsi que les échos de discussions salaces dont je ne comprenais pas tout le sens. Mais je me rappelle très bien que j'avais l'impression d'avoir été brusquement plongée au coeur d'un triller américain, dans une zone de danger qui m'était jusque là inconnue. Même les jeunes de mon âge étaient totalement différents de ceux que j'avais connus jusqu'à ce moment. Dans mon coin du monde, les enfants étaient choyés, entourés par des parents présents, dans cet autre univers, je faisais connaissance avec les effets de la pauvreté; la pauvreté qui n'était pas dans la télé et encore moins dans un pays éloigné.

À quelques rues de là, en haut d'une côte qui m'apparaissait insurmontable, il y avait des appartements de luxe dans des bâtiments rappelant vaguement des pyramides par leur forme étrange. Un univers d'adultes dans lequel les seuls enfants présents étaient des visiteurs. Dans les corridors de ces édifices, nous devions marcher calmement : interdiction formelle de courir ou de crier. C'était une épreuve pour l'enfant que j'étais. Surtout les jours où je portais des souliers de course tout neufs et que j'avais l'impression qu'ils courraient plus vite que la paire que je venais d'abandonner parce qu'elle ne faisait plus sur mes petits pieds. J'ai fréquenté cet endroit pendant cinq ou six ans, jusqu'à ce que ma grand-mère meure, et c'est vers cette époque que j'ai commencé à visité l'autre quartier, celui du bas de la côte. Sans toutefois me rendre compte que ces deux univers, si dissemblables se jouxtaient.

Et puis un jour j'ai appris le sens de l'expression « éléphant blanc ». J'ai appris que le plus grand symbole architectural de Montréal, ma ville, en était un. Le stade Olympique, incomplet en 1976, incomplet encore dans les années 1980 qui était à la fois le plus gros gouffre financier et le bâtiment le plus éléphantesque de la ville. Je devais avoir treize ans quand j'ai réalisé que le stade était tout près de chez ma grand-mère et de chez cette amie qui m'amenait dans une réalité que j'avais jusque là ignorée. Dans mon petit snobisme innocent d'adolescente, je me disais que jamais je n'irais m'installer dans ce creux de vallon si loin de tout ce que je connaissais, dans ce qui m'apparaissait comme l'antre de la pauvreté montréalaise.

Mais la vie joue bien des tours. J'ai choisi de quitter la maison familiale assez jeune. Et je suis un jour revenue dans ce quartier que je jugeais si froidement autrefois. C'est là que j'ai trouvé un appartement dans lequel je suis bien. Loin de tout, mais bien. Et puis, ce quartier a changé en vingt ans. Ou peut-être est-ce simplement mon regard qui a changé. J'ai appris à connaître tous les détours des rues de ce quartier. J'ai appris à en aimer les parcs et les marchés. J'ai appris à m'y sentir en sécurité. J'ai rencontré des quantités de gens sympathiques qui me saluent sur la rue simplement parce que désormais il me reconnaissent comme l'une des leurs puisque je ne suis plus simplement une visiteuse impromptue.

Et toujours, depuis le mois de mai, quand de mon vélo je vois le mat du stade, je sais qu'au prochain tournant je n'aurai plus qu'à suivre l'ombre de l'éléphant pour arriver chez-moi. Comme si j'avais toujours fait partie de ce morceau de pavé-là.

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mercredi, septembre 19, 2007

Le parfum des livres

Petite, j'adorais les robes qui tournent. Je rêvais d'être une princesse et de porter ces grandes robes à crinolines, tellement encombrantes mais oh combien élégante dans mon imaginaire d'enfant. Les robes qui s'étalaient en corolle autour de mon petit moi lorsque je pivotais jusqu'à me donner le tournis me permettaient plus facilement de croire que je faisais partie d'une scène de Autan en emporte le vent ou de Sissi. Je pouvais dès lors m'évader dans un monde féerique, m'inventer une vie, laisser courir les fils de mon imaginaire jusqu'à tisser une toile douillette dans laquelle mes sourires faisaient la loi. Cependant, si j'aimais ces nouvelles robes, je détestais devoir faire les boutiques avec maman pour choisir ces objets de désir. Assez rapidement, maman a pris l'habitude de courir les boutiques sans moi et je trouvais les étoffes de mes rêves sur le pied de mon lit en rentrant de l'école. Encore aujourd'hui, le magasinage m'impatiente, je fais toujours grand cas de mes passages obligés dans ce que j'appelle « les magasins de mesdames » parce que j'ai un besoin criant, comme lorsque mon jeans décide de se déchirer d'un bout à l'autre pendant mon trajet de vélo jusqu'au travail. Comme si je sortais d'une guerre particulièrement difficile.

Par conséquent, je n'ai jamais été particulièrement dépensière. Pendant que mes amies dépensaient tout leur argent de poche en nouveautés vestimentaires, le mien s'entassait tranquillement dans mon compte de banque. Je ne possédais pas une fortune, mais disons que j'avais un peu plus de moyens que la plupart de mes copines puisque je ne trouvais jamais rien qui me plaise dans les magasins que nous visitions la fin de semaine. Ça été vrai jusqu'au jour où nous sommes entrées dans une gigantesque librairie. Et là, pour la première fois de ma vie, l'argent m'a brûlé les mains. Je n'ai pas pu résister à l'appel des bouquins qui me faisaient de l'oeil sur les tablettes. Je me suis pratiquement vautrée dans les pages des livres qui craquaient sous mes doigts laissant émaner l'odeur de colle neuve qui les caractérise.

J'ai eu l'impression d'entrer dans mon pays. Celui où les héros portent les visages que je veux bien leur donner. Chaque étalage portait un ami. Ou plusieurs. Des milliers de livres prêts à être dévorer. Des tonnes de parfums qui m'appelaient d'une étagère à l'autre. Une ouverture vers l'imaginaire. Je n'ai pas pu tout acheté ce que j'aurais voulu me procurer, près de vingt ans plus tard, il y a beaucoup de livres que j'aimerais posséder qui ne font pas partie de mes bibliothèques quoique celles-ci débordent et compliquent singulièrement mes déménagements fréquents. Et je suis complètement incapable de me défaire de ces volumes : ils forment une part de mon identité. Je n'ai qu'à jeter un coup d'oeil dans mes bibliothèques pour voir le cheminement intellectuel que j'ai parcouru dans les dernières années. Où mieux encore, en ouvrir un au hasard, pour y trouver un brin d'herbe, témoin muet d'une activité de plein air que j'avais oubliée, mais dont le parfum empesé me rappelle tous les détails de cette journée évanouie dans le passé.

Je crois que ce que je préfère dans le parfum des livres ce sont ces arômes emprisonnés par distraction qui conserve la mémoire du trajet que ceux-ci ont parcouru. Devenant en quelque sorte un relais mnémonique de mes souvenirs olfactifs.

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lundi, septembre 10, 2007

Un si joli hasard

C'est une drôle de petite bonne femme derrière ce comptoir presque trop haut pour elle. On dirait une pomme un peu vieillie, rouge encore mais pas tout à fait éclatante. Toute ronde et un peu fripée. Elle déborde de joie de vivre et tout son plaisir est de servir adéquatement sa clientèle qu'elle connaît par coeur. Elle sait qui vient chercher des cigarette, qui vient chercher de la bière, elle reconnaît ses interlocuteurs au téléphone en jetant un regard rapide aux chiffres du numéro de téléphone qui s'affiche sur son écran et crie au livreur, avant même d'avoir entendu la commande, « Va falloir que t'aille chez madame Tremblay ! » Quand on vient lui porter des bouteilles vides on constate qu'elle n'est pas très à l'aise avec le calcul mental ; il faudra toujours lui que 10 bouteilles de bière à 0,10$ feront 1,00$ sinon elle sortira sa calculette pour être bien certaine de ne pas se tromper.

En cet après-midi chaud d'un mois de septembre qui a des allures d'août, le dépanneur est plein. Il y a des clients jusqu'au fond de la petite pièce dont les étalages grimpent dangereusement haut. Une vielle dame au comptoir a sérieusement ralenti la circulation, occupée à vérifié tous ses billets de loto qui me semblent si nombreux que je n'arrive pas à les compter. Dehors, un homme fait les cent pas. Je me demande s'il attend que le calme soit revenu à l'intérieur du commerce pour y pénétrer. Les habitants du quartier continuent pourtant à s'y engouffrer et moi j'attends patiemment avec ma pinte de lait. La dame des lotos fini ses achats tandis que l'homme aux cent pas entre pratiquement en courant. Et c'est là qu'il regarde la petite foule assemblée dans le commerce avant de demander à la caissière : « Veux-tu m'épouser? »

Un silence fébrile tombe sur l'assemblée. La petite bonne femme derrière son comptoir se met à fondre à vue d'oeil. Elle est rouge et sans voix. Je la vois chercher ses mots et sa contenance sans parvenir à les rattraper. Elle tord ses petites mains potelées et usées de travail avant de laisser sortir un oui presque inaudible. Pas tellement parce qu'elle hésite mais davantage parce qu'elle a bien peur que son coeur lui sorte de la poitrine si elle parle trop fort. Acclamations et sifflets fusent de toutes part. Un grand éclat de rire termine ces bruyantes effusions. Tous les témoins de cette étrange demande en mariage quittent tour à tour le dépanneur, après avoir payer leurs achats un peu plus lentement qu'à l'habitude, avec un rayon de soleil étampé dans le regard. Moi je quitte les lieux avec ma pinte de lait en me disant qu'il y a des moments où on est vraiment heureux d'avoir croisé un si joli hasard.

Le lendemain soir j'y retourne pour faire provision de cigarettes. Elle est toujours derrière son comptoir. Un peu plus radieuse qu'à l'habitude. Il n'y a qu'une jeune femme devant moi. Lorsque la caissière croise mon regard elle se penche vers la demoiselle qui me précède et lui dit comme si un secret lui brûlait les lèvres : « J'ai reçu ma première demande en mariage hier. » L'interlocutrice de répondre, amusée « Ah oui, et qu'est-ce que tu as répondu? » « Ben j'ai dit oui! Qu'est-ce tu penses! Il est tellement merveilleux mon homme! Ça aurait été n'importe qui d'autre que j'aurais refusé, mais là, je pouvais pas! » Et pour la première fois je réalise qu'elle porte cet accent salin des gens qui ont grandit sur les rives de l'estuaire. Je la vois différemment. Plus comme une petite bonne femme qui ressemble un peu à une pomme bien mûre, mais comme la jeune fille pleine de rêves qui a un jour foulé les plages de gravier qui enserre les rives du fleuve Saint-Laurent.

Elle me lance un clin d'oeil complice, après tout j'étais un témoin de son émoi. Je me penche vers elle pour lui donner toutes mes plus sincères félicitations. Et je sais que je ferai désormais partie de son existence puisque j'étais présente lors du plus grand moment de sa vie. Et j'ai bien hâte de savoir quand et comment sera la noce. Je m'amuse à lui en parler à chacun de mes passages. Pour le plaisir de voir les étoiles s'allumer dans ces yeux ravis.

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vendredi, août 24, 2007

Comme un murmure sur l'oreiller

Les amours à distances m'ont toujours fait un drôle d'effet. Comme si l'absence fabriquait de toute pièce une présence autrement inexistante. Réminiscence éthérée des sensations quintuplant les impressions. Ainsi mon corps se rappelle de ton corps, mes doigts sentent sur les draps les courbes de tes fesses frémissante sous l'effet de mon toucher. Une chaleur diffuse émanant du matelas, souvenance de la régularité de ton souffle durant les heures de sommeil. Quiétude de la complicité établie malgré le fait que ta vie quotidienne ne soit pas la mienne et que tes semaines t'emportent loin de moi.

Je ferme les yeux pour voir tes lèvres cramoisies de désir quand tu me dis que tout de mon corps est pour toi une invitation à l'amour. Malgré mes doutes, malgré mes lacunes de confiance, malgré mes les rondeurs de mon ventre qui me mettent souvent mal à l'aise. Je t'entends rire et me parler de mes hanches, de mes seins de mes cuisses dans des termes que je ne répéterai jamais à personne, mais que je repasse sans cesse dans le même ordre lorsque je me langui de toi. Alors je souris dans l'obscurité, et je t'écris en pensée des lettres enflammées te narrant tout ce que je pense de bien de toi. Toutes les petites et grandes envies que ton souvenir permanent font naître dans mes tripes. Quelquefois je téléphone pour t'écouter dire mon prénom de cette manière qui t'es si particulière comme si ce mot dans ta bouche était un fruit particulièrement savoureux, empreint d'une signification qui échappe aux autres.

Je me compte chanceuse de te connaître, de nous connaître dans cette intimité qui n'appartient qu'à nous. Dans les rires échangés en catimini, dans les longs repas du soir qui s'étirent sur la couette et qui reviennent me hanter de leurs délices chaque fois que je me retrouve seule dans ce lit qui te connaît par coeur. Je te revois faire semblant de dormir encore sous quand le soleil du matin s'attarde sur le blanc de ta peau et que je t'assaille de baisers que tu tentes d'ignorer jusqu'à ce que tu me prennes vivement dans tes bras en me disant : « petite, c'est encore la nuit cesse de me fatiguer ». Et moi je ris, de ce rire de gorge que tu aimes tant.

Je préfère d'ailleurs tes visites aux miennes, parce qu'il me semble que la distance entre nous et nous est moins longue lorsque j'ai avec moi toute la semaine des souvenirs de nos deux jours de bonheur. Ces échappées dans le temps qui me font éclore à la vie. J'adore conserver la vision te ton appétence lorsque je mords farouchement ta paume juste avant de te laisser partir et que les lueurs coquines dans tes yeux se rappellent à moi durant tous les jours de ton absence. Mais plus que tout, ce sont les morceaux de vêtement pas vraiment oubliés, gisant entre mes draps. Parfum de toi, comme un murmure sur l'oreiller qui te ramène à moi.

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samedi, août 11, 2007

Les fruits de l'entêtement

2004. J'avais atteint le fond. Impression de vivre dans une substance aussi gluante qu'inconfortable. Mes perceptions étaient complètement faussées. Je ne me voyais plus que comme la somme de mes dettes : un échec complet. Sans possibilité de reprendre le dessus sur cette vie qui n'était pas clémente avec moi. Un drame perpétuel. L'odeur de dépression. J'ai tout de même fini par me sortir de la vase dans laquelle je m'était enfoncée. J'ai attrapé une perche déposée devant moi pour me sortir de l'immobilisme. Un premier automne sous le signes des tournées en autocar. Un emploi facile à décrocher sans entrevue réelle, parce que durant cette saison la demande de guide est si grande. Un bon moyen d'instaurer le mouvement. Et puis, j'ai osé. Oser aller porter mon cv dans une librairie où j'ai toujours voulu travailler, il y avait tellement de livres, tellement de choix. Ce jour-là, on m'a proposé un emploi de caissière. Moi qui rêvais d'être la libraire. J'ai accepté malgré le fait que je n'avais pas très envie de passer mes grandes journées à la caisse. J'ai accepté parce que lors de cette entrevue d'embauche, le directeur qui était devant moi m'a affirmé que sa supérieure immédiate avait elle aussi commencé à la caisse.

J'ai fait mes preuves. Effectué des heures supplémentaires. Été plus que disponible pour des changements d'horaires à la dernière minutes. Avec en tête l'idée que je finirais par devenir directrice. Directrice-adjointe pour commencer. J'ai été me chercher des formations à l'intérieur de ma succursale, comme libraire-jeunesse, commis papeterie-cadeaux, libraire, chef-caissière et responsable de quart. Changeant mon horaire hebdomadaire pour favoriser certaines de ces formations. On m'a proposé de prendre une place comme représentante du syndicat, ce que j'ai refusé parce que je voulais garder toutes mes chances de passer de l'autre côté de la clôture.

J'ai passé une première entrevue pour un poste de directrice-adjointe il y a plus d'un an. Une longue attente. Et les papillons dans le ventre à tous les jours pendant ce printemps tellement difficile pour une jeune femme qui était, en somme, en rémission. Puis le refus. Et les larmes. Difficile refus. Difficile de croire encore en moi à ce moment-là puisqu'on m'avait préféré quelqu'un venu de l'externe qui n'avait aucune espèce d'expérience en librairie. J'ai retroussé mes manches, parlé avec mon directeur. Essayé de parfaire mon tableau d'expérience dans le réseau. J'ai reçu beaucoup d'aide de mes supérieurs immédiats qui voyaient bien à quel point j'avais ce désir franc et sincère de devenir un jour directrice-adjointe. Et puis une autre opportunité s'est présentée six mois plus tard. Autre entrevue, nouvelles nuées de papillons dans l'estomac. Nouveau refus. Plus difficile encore sur mon estime personnelle.

Retour dans la vase. Enchaînée encore au divan du salon. Mes drames meublaient mes jours. J'étais convaincue de déranger tout le monde, certaine de ne pas valoir ma propre chandelle. Descente dans à l'orée du pays des zombies. Rattrapée de justesse par ces gens avec qui j'habitais qui ne m'ont pas laissée m'enfoncer. Ils m'ont tenu la main, montré que je leur étais importante. Ils m'ont dit « je t'aime » lorsque c'était important parce que je n'y croyais plus. Toutes ces déceptions, je les ai vécues en public. Sous votre regard empathique. Ce qui me donnait l'impression que cette succession d'échecs prenait une ampleur encore plus grande.

Alors lorsque j'ai appliqué une fois de plus sur un poste de directrice-adjointe, je me suis tenue coite. Ça pris deux semaines avant que j'en parle à ma mère. Encore davantage avant que j'en parle avec mes amis, sauf ceux de la librairie qui le savaient parce que tout se sait dans ce réseau. Longue attente encore une fois. Pour cause de vacances qui se chevauchent et retardent les réponses. Longue attente qui a pris fin jeudi à 16h30. À partir du 27 août 2007, je serai directrice-adjointe de la succursale des Galeries d'Anjou.

Ne venez jamais me dire que je ne suis pas persévérante ni que l'entêtement ne porte pas fruits.

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mardi, août 07, 2007

De toutes les couleurs

Sur les pages blanches de nos ébats en devenir, j'ai vu se dessiner ton visage en perpétuelle mutation. Sujet aux changements de mes inspirations, de mes aspirations. Arborant des traits vieillissants au fur et à mesure que j'avançais en âge et en expérience. J'ai rêvé ce doigté fin qui pétrirait mes formes jusqu'à les faire les plus belles du monde sous le charme des caresses, qui me diraient plus certainement que n'importe quel discours enflammé, que ce que je suis est très exactement le sujet du désir. J'ai laissé mon imaginaire tracer au fusain des yeux amoureux surplombant ces fossettes rieuses qui m'ont toujours fait craquer.

Je me suis enfoncée dans les aquarelles de mes songes qui m'apparaissaient plus vraies que ce que la vie m'offrait. Intransigeante jusqu'à la moelle, refusant de me plier à des amours qui ne me semblaient pas aussi réelles que les teintes diaphanes des tableaux passionnés meublant mes rêves éveillés. Point pour moi de demie-mesure. Jamais je n'ai su m'y faire. Toujours intense, toujours intègre, lovée sur ces idéaux qui me font écrire depuis que je suis capable de mettre les mots les uns à côté des autres. J'ai dépecé les pastels de mes déceptions sans amertume. En prenant chaque écueil comme un outil qui ferait de moi une meilleure personne, une femme plus sereine, une meilleure amoureuse en devenir.

J'ai croisé des hommes qui me demandaient sans autre forme de procès si je n'étais pas homosexuelle, moi qui dégage cette plénitude qui donne l'impression que je n'ai besoin de personne pour me suffire à moi-même. J'ai croisé d'autres hommes qui auraient voulu me présenter tous leurs amis mais qui n'auraient jamais eu l'idée de se présenter à moi. J'ai pleuré des histoires qui inachevées qui n'avaient même pas commencé. Sans rancune. Je ne suis pas faite de ce bois-là. Et malgré le fait que je sente souvent l'absence sous le pinceau de cette existence qui me laisse seule sur le pas des portes que j'ai vues se refermer, je ne suis pas une femme malheureuse. Je me rends bien compte que je ne changerais pas les choix que j'ai faits.

Je suis née pour aimer jusqu'à la lie. Je suis née pour être aimée tout aussi intensément en retour. Je ne sais plus à quoi tu ressembles et au fond ça n'a pas vraiment d'importance. Quelle que soit la couleur de tes prunelles, quelle que soit la texture de ta chevelure, quelle soit la dorure de ton épiderme, je sais bien que je te rencontrerai au prochain tournant. Prêt à me suivre dans mes délires, prêt à attendre que j'en revienne à d'autres moments. Prêt à partir dans tes propres univers lorsque tu le sentiras nécessaire. Moi je suis apte désormais à en voir de toutes les couleurs, à pleurer, à rire ou tout simplement à sourire sereinement. Prête à fonder la famille que j'ai toujours voulu avoir. Prête à écrire. Prête à rêver les toiles éclatantes que ce que nous pourrons devenir, à deux.

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mercredi, juillet 18, 2007

Jachère

C'est l'été. Je n'ai pas envie de passer des heures devant mon ordinateur. Alors j'écrirai de manière sporadique dans les prochaines semaines. Mais je suis toujours là et je n'ai nullement l'intention de fermer ce blogue.

À bientôt!

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lundi, juillet 09, 2007

Toucher l'été

Juillet, cette année, est aussi gris que les pires mois de novembre que je me rappelle avoir connus. Au moins. La température instable fait de moi une cycliste bien aléatoire parce que je décide régulièrement d'utiliser les transports en commun plutôt que d'arriver au travail avec un air de chat mouillé. Ce n'est pas très charmant de servir les clients toute détrempée. Cette année, j'avais envie d'été. Envie de me lover dans les rayons soyeux du soleil, de laisser ma peau se dorer au rythme de mes battements cardiaques. Malgré toutes les prévisions des météorologues d'un été torride et sec, il semble que mes beaux plans de farniente sous le signe du soleil tombent à l'eau, c'est le cas de le dire.

Parallèlement à ces appétences de plaisirs épidermiques, je me sens justement des fourmis dans la libido. Rien de tel qu'une saison à me faire des idées fantasmatiques, qui ne se réalisent jamais, pour que je sente poindre en moi la femme requin que j'ai déjà été. Pourtant, je n'ai pas envie de luxure au point de me perdre dans les bras de n'importe quel quidam qui pourrait croiser ma route comme je l'ai déjà fait. Il y a quelque chose de retors dans ce type de rencontre. Quelque chose en moi qui reste toujours un peu en arrière dans ces moments qui n'en sont pas vraiment. Au bout du compte, je fini toujours par passer plus de temps à courir après les morceaux de mon âme que j'ai ainsi dispersés qu'à profiter des instants qui provoquent ces éparpillements.

N'empêche que depuis quelques semaines, j'ai envie de mordre dans la peau d'un autre. La mienne commence à avoir un goût trop connu. Je sens passer sur mon visage, ce regard de prédatrice, ces mouvements imperceptibles pour la plupart des gens qui sont pour moi des indices flagrants de mes désirs inassouvis. Je me vois balayer, nonchalamment, du revers de la main, une quelconque information tandis qu'une invite subtile à aller plus loin dans l'abordage flotte dans l'air de mes temps. Et de sourire, ou de rire de manière un peu trop appuyée, déployant ainsi toute ma gorge pour les morsures à venir; en rêve ou en réalité. Je vois des fossettes qui m'interpellent, là où, il n'y pas si longtemps, je ne voyais rien. Je regarde les courbes et les lignes droites des corps masculins que je croise et j'imagine le dessin des veines qui en sillonnent, selon toute probabilité, leurs tensions sexuelles.

Silencieuse, je me repais de ces images que je laisse monter en moi. Souriant aux aventures que je n'aurai pas puisque le seul imaginaire m'emmène bien plus loin que les paroles qui ne sont pas échangées. Et je me dis que tout n'est pas perdu si ma chair vibre encore tant et tellement au goûter de ces hasards qui longent mon existence. Le coeur actuellement sans amarres. Le corps en effervescence. Avec des espoirs plein la tête et les mains pleines de promesses à offrir à celui qui me verra telle que je suis, dans tout ce que j'ai de féminité et de bien-être à partager.

Silencieuse je regarde les jours couler, comme des ruisseaux dont je ne connais pas vraiment l'itinéraire, sans me demander où ceux-ci mèneront. Mes épaules sont allégées des poids qu'elles ont porté tout l'hiver comme si le fait de les dénuder, comme si le fait de ne plus avoir à porter les lourds manteaux que les températures hivernales nous obligent à arborer, faisait en sorte que je sois plus libre de mes mouvement et de ma propre sensualité.

Alors, je me dis qu'au fond, c'est peut-être cela, toucher l'été.

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lundi, juillet 02, 2007

Moi (et mon père)

La plupart du temps, lorsque j'arrête d'écrire, ou que je ralenti le rythme de mes publications, c'est parce que je ne vais pas bien. Je me défendrai toutes les fois de visiter de trop près les spleens qui m'habitent, je nierai jusqu'au bout de mon âme, l'évidence. La plupart du temps c'est ce qui se produit. Mais il arrive parfois que ce soit l'effet d'un petit détour du destin. Mon silence actuel est dû à une demande que l'on m'a faite. Une demande en toute innocence. Pour la fête des pères. Une amie m'a enjoint d'écrire un texte sur le sujet. Et je me suis retrouvée pieds et poings liés à mes silences. Prise dans l'étau de la culpabilité, incapable d'écrire. Sur quoi que ce soit, enchaînée à cette question que je ressentais comme une obligation. Malgré le fait qu'il n'en était rien.

Comment, en effet, écrire sur la fête des pères quand on vit dans ma peau? Je n'ai pas de papa. J'ai un père, pas de papa. C'est un homme avec lequel j'ai coupé toute forme de relation depuis quelques années déjà. J'ai passé trois ans à me torturer l'esprit parce que j'avais pris la décision d'arrêter de lui parler. Parce que d'être en relation avec cet homme là me faisait angoisser. Paradoxalement, ne pas l'être me faisait aussi angoisser. Dans la longue spirale qui m'a menée à la dépression, le questionnement sur cette absence relationnelle, la culpabilité inhérente à cet état de fait, me plongeait dans des gouffres de doutes. Comment vivre une mort éventuelle sans avoir pardonné, fait la paix avec cette personne, à qui je dois en partie, ma propre vie? Et cette question revenait sans cesse dans la bouche de mes interlocuteurs. On me disait : « C'est ton père, tu n'en as qu'un. Il y des gens qui n'en n'ont pas du tout, plus du tout, comment peux-tu le rejeter ainsi? » Comment le pouvais-je?

Alors, j'ai pris sur moi de renouer. Décidé de le prendre dans ce qu'il est. Décidé que malgré tout j'étais capable. Ce n'est pas une mauvaise personne. Simplement quelqu'un avec qui je ne suis pas capable d'être moi et d'être bien en même temps. Il y a une impossibilité relationnelle. Entre ma personnalité et la sienne. C'est mon père. Ce n'est pas mon papa. Ce n'est pas une personne vers qui je puisse me tourner quand tout va mal. Pas quelqu'un à qui je puisse dire : « Je me sens impuissante, console-moi ». Il m'a plus que convenablement nourrie, abritée, éduquée. Il a adopté le rôle du père tel qu'il le voyait : pourvoir à nos besoins matériels.

Je suis une petite bonne femme exigeante, fille de mon tempérament vif et passionné. Il m'importe que les relations soient vraies. Que les choses soient nommées. Je ne peux pas regarder une personne jouer à l'autruche toute sa vie, niant toute forme de responsabilité dans tout ce qui ne fonctionne pas dans son existence en lui donnant mon aval en même temps. Je ne suis pas une fille parfaite. Je suis incapable de vivre avec les reproches latents des additions de mes manquements. J'ai compris depuis longtemps que je ne pourrais jamais aimer cet homme de la manière dont il le voudrait. En lui donnant raison sur tout. Je ne suis pas faite de cette fibre-là. D'ailleurs je ne pourrai jamais aimer personne de cette manière. J'aime les gens en tenant compte de leurs qualités et de leurs défauts. Parce que je me sais femme de qualités comme de défauts. Dans mon optique, ce qui fait l'unicité d'un être c'est justement ce curieux mélange qui crée un certain équilibre. Et puis aduler quelqu'un nous met dans une situation de déséquilibre avec laquelle je ne suis pas à l'aise. Malgré le fait que mes passions et mes coups de gueule me placent souvent sur le fil du rasoir. Après un an, j'ai crié « Basta » de toutes mes forces et j'ai ,à nouveau, coupé la communication.

Je ne pouvais pas écrire un texte à l'occasion de la fête des pères pour dire ce que j'ai à dire sur mon propre père. J'aurais eu l'impression de vouloir me faire plaindre. Et ce n'était pas du tout mon but. Seulement, je n'ai pas de papa, je n'en ai plus depuis longtemps. Il n'y pas non plus d'homme dans ma vie qui soit le père des enfants que je n'ai pas. Je suis orpheline de cet espace affectif précis. Cependant, je ne veux pas qu'on me prenne en pitié. J'ai pris la décision que j'étais mieux sous l'opprobre de mes pairs, et celle de mon père que fille soumise d'un amour que je n'arriverai jamais à rendre de manière satisfaisante à ses yeux. Et depuis que j'ai fait la paix avec cette décision, je suis beaucoup mieux.

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